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mercredi 20 avril 2011

Peut-on encore lire Rabelais aujourd'hui ?


Ecrite au cours du deuxième tiers du seizième siècle, l'oeuvre de François Rabelais est-elle encore lisible 350 ans plus tard ? A quelles conditions et pour quoi faire ? Poser ce genre de questions peut simplement introduire à une malsaine nostalgie : celle d'un temps, plus ou moins imaginaire, où lire Rabelais allait de soi, où l'apprentissage des humanités établissait un pont naturel avec l'humanisme de la Renaissance, où la langue que l'on parlait était encore assez proche de celle de nos lointains ancêtres pour qu'il ne soit pas utile de traduire Rabelais comme s'il était définitivement étranger à notre idiome contemporain.

Ces lamentations ne sont pas de mises. Le passage du passé au présent s'accompagne fatalement d'une déperdition et d'un exil. Michael Screech, qui a écrit Rabelais, Gallimard, Bibliothèque des idées, le souligne justement : Ce qui faisait le plus rire les contemporains de Rabelais, ce qui leur paraissait le plus polémique, le plus agressif, le plus admirable n'est probablement pas ce qui, aujourd'hui, nous paraît désopilant, novateur, puissant, digne d'exciter notre plaisir et de nourrir notre réflexion. Ce n'est pas seulement la langue qui a changé, c'est l'univers mental qu'elle exprime et qu'elle travaille. Nous ne penserons, sentirons, rirons, pleurerons jamais plus comme les femmes et les hommes du seizième siècle. Et c'était bien sûr déjà vrai hier.